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Au cours des années 1960, notamment au sein du GRAV, Julio LE PARC a initié nombre de modalités esthétiques contemporaines. L'ensemble ici rassemblé par l'historien de l'art Matthieu POIRIER est constitué d'œuvres de 1959 à 1971 fondées sur la dématérialisation, le trouble perceptif, la réduction formelle, la lumière artificielle, les environnements, l'implication du spectateur ou encore les seuils de la vision – des préoccupations devenues par la suite capitales pour de nombreux artistes actuels, comme notamment James TURRELL, Anthony MCCALL, Dan GRAHAM, Carsten HÖLLER, Ann Veronica JANSSENS, Olafur ELIASSON, Anish KAPOOR, Jeppe HEIN ou encore Philippe DECRAUZAT.

D'autres travaux historiques de LE PARC, mis en avant récemment au MOCA à Los Angeles ou au Centre Pompidou-Metz, ont montré la spécificité d'un langage aussi minimaliste que labyrinthique, systématiquement à contrepied de la composition classique, fût-elle abstraite, et du spectacle total. Entre vertige et agressions conjointes contre la forme et la rétine, les œuvres de LE PARC ne cessent, alternativement, de s'imposer et d'échapper au regard. À l'ère du tout-image, ce battement incessant dans l'espace et le temps résiste tout particulièrement à l'enregistrement photographique et constitue une raison supplémentaire d'expérimenter ces œuvres historiques in vivo.

En 1972, alors que la reconnaissance de LE PARC est à son comble, Jacques LASSAIGNE, le directeur du musée d'Art moderne de la Ville de Paris, lui propose une importante rétrospective de ses œuvres depuis 1959. Mais l'ambiance est à la fronde anti-institutionnelle. Ainsi, après avoir pesé les avantages et les inconvénients d'un tel projet dans un long texte, LE PARC se déclare « incapable de prendre une décision » et fait dès lors jouer sa réponse à pile ou face : côté face, il accepte ; côté pile, il refuse. Ainsi, un samedi d'avril au musée, devant témoins, une pièce de monnaie est lancée en l'air par le tout jeune fils de l'artiste. Elle retombe côté pile : l'exposition n'aura pas lieu. Les décennies qui suivent, LE PARC fait prendre une autre direction à ses travaux et il faudra attendre la fin des années 1990 pour que son œuvre connaisse, rétrospectivement, une nouvelle vie, intimement liée au revival de l'art optique et cinétique. Aujourd'hui, en 2011, presque quarante années plus tard, sans présumer des intentions curatoriales d'origine, imaginons que la pièce soit tombée sur le côté face et que l'exposition annulée ait lieu.