
C'est un environnement très singulier - celui des banlieues françaises – qui semble avoir façonné la sensibilité esthétique de Wilfrid Almendra. En français, on qualifie de "pavillonnaires" les quartiers où la petite bourgeoisie a fait construire des maisons ou des pavillons. Chaque maison y est généralement entourée d'un petit jardin décoré d'objets d'art, autrefois fabriqués par des artisans, et désormais produits en masse pour les magasins de bricolage comme Bricomarché. Les sculptures et installations d'Almendra évoquent souvent ces objets d'art, en un mélange exemplaire de "high" et de "low".
Passez quelques temps à regarder les sculptures d'Almendra et vous commencerez à entrevoir l'omniprésence de cette "esthétique pavillonnaire". Pas seulement dans les ornementations des allées de pavillon de banlieue, par ailleurs indistincts, mais dans les petites touches ajoutées semblablement aux espaces semi-publics : palmiers plantés sur les ronds-points, motifs en béton décorant les dessous de ponts d'autoroute, sculptures publiques érigées dans les cités ignorées de tous, mobilier urbain désaffecté dans les parkings municipaux. Le point de vue d'Almendra sur cette esthétique est ambigu. Si son regard ne va pas sans humour ni satire, il n'est pas simplement ironique.
Zoë Gray