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Lise Stoufflet, Romain Vicari
01/09/2017 > 22/12/2017

Vernissage le 10/06/2017, de 19h à 21h

"Nuits d'été de lune inondées,

Sentiers couverts de pas humains." (Victor HUGO)

 

L'exposition The Smell of the Moon réunit les œuvres de deux jeunes artistes, LISE STOUFFLET (F, née en 1989, vit et travaille à Paris) et ROMAIN VICARI (BR – I, né en 1990, vit et travaille à Paris). Elle présente un ensemble de nouvelles peintures, lui de nouvelles sculptures, dans une proximité complice qui s'explique par le fait qu'ils sont un couple.

LISE STOUFFLET a déjà posé un style très identifiable, dans ses couleurs (rose, bleu…), sa touche fluide et faussement détachée, ses thématiques (l'enfance, l'animalité, la sexualité), ses atmosphères en apparence calmes, son univers énigmatique d'où sourde un sentiment diffus d'angoisse et de menace. Bien que les thèmes abordés dans son travail soient perceptibles en filigrane, c'est dans la métaphore qu'elle les traite. Son univers fait appel aux souvenirs et à l'intime, mais elle ne cherche pas à se raconter. Elle laisse le spectateur donner sa propre interprétation aux œuvres ; libre à lui de faire appel à ses émotions, ses souvenirs et parfois même ses angoisses. Marquée par la psychanalyse, l'inconscient et le thème du rêve, LISE STOUFFLET explore les recoins d'un inconscient collectif.

Lise STOUFFLET crée des scènes, des environnements, dans lesquels des figures sont au cœur d'une narration lisible mais sans fil conducteur. Intentionnellement, l'artiste laisse une fenêtre ouverte à différentes perceptions d'une scène simple et s'autorise à ne pas tout expliquer, pour perdre le spectateur, lui permettant alors d'ajouter les bouts manquants à l'œuvre. Dans Big Birdhouse, Balançoire et Quatre Mains, les personnages sont dans l'action et non dans l'attente d'action, comme une action arrêtée. L'intrigue, tel un entre-deux du clair et du très clair, qui se dégage de ces œuvres mène à un nouvel espace mental et questionne l'idée de projection, du regard. Une connexion presque ironique s'établit entre les personnages, de l'ordre du rituel et du jeu. Ils partagent des moments étranges de vie souvent symboliques, l'entrée dans une maison, un regard, un divertissement.

Les installations de ROMAIN VICARI mêlent espaces lumineux et colorés et univers personnel, mettant en exergue ses origines brésiliennes. Ses travaux artistiques sont nourris par son observation quasi-quotidienne des espaces publics, tout particulièrement sur les chantiers et les sites abandonnés ; des lieux que l'artiste considère comme des laboratoires éphémères. Une intime proximité lie ces œuvres au contexte urbain, à la dynamique de métamorphose des villes, ainsi qu'à l'appréhension empirique qu'en fait ROMAIN VICARI. L'architecture, les matériaux tels le plâtre, le béton ou l'acier, les couleurs et les formes qu'il rencontre sur les différents sites constituent pour lui une source d'inspiration infinie. Comme un compromis et contraire au principe du white cube, ses œuvres in situ s'adaptent au lieu que l'artiste cherche à parasiter, à confronter par l'expérimentation.

ROMAIN VICARI enregistre une idée que le site lui inspire et la matérialise ensuite pour y laisser une trace. Ses installations en résine qui jouent avec la lumière sont les témoins d'anomalies contemporaines, comme une mutation vers une peinture en quatre dimensions. Cette picturalité soulève une ambivalence du délicat (les couleurs, les formes) et du brut (le métal et la résine). Grâce aux investigations, l'artiste s'approprie des objets qu'il exploite au travers d'une nature organique et végétale débordante de légèreté d'une matière colorée et de torsions élégantes, venant s'agréger aux barres d'acier structurant ses installations chamaniques.

« L'ensemble des œuvres de ROMAIN VICARI questionne l'importance de l'espace que nous occupons, cet espace fragile de plus en plus démunis de ressources. Qu'en restera-t-il ? Se considérant comme un "indien du futur" exploitant une "géomètre du sensible", l'artiste bouscule l'assemblage conceptuel en lui préférant une relation empirique aux objets, à l'histoire ou à l'apprentissage. Ainsi prises dans un processus de transmutation perpétuel, ces œuvres se combinent et s'enchevêtrent jusqu'à générer une matière nouvelle et singulière. Dans leur capacité à capturer les formes, les gestes et les couleurs, ils sont les agents d'un projet de rétention sélective, devenant à leur tour des conglomérats à réemployer, à rediriger, comme les termes d'une syntaxe en permanente reconstruction. Qu'y a-t-il dans ce hors-champ matériel que nous dresse ROMAIN VICARI? On s'aventurera à dire qu'il y a là toute une poétique de soi dans le monde et du monde en soi, dépassant les rationalismes exacerbés, prônant la subjectivité animiste comme alternative aux désastres qu'on nous prédit. » (Franck BALLAND)