37 Gardar EIDE EINARSSON
I Caused Dreams Which Caused Death. This is my Crime


Vernissage le mercredi 9 septembre, de 18 à 21 heures
Exposition jusqu'au 5 décembre, du mercredi au samedi, de 14 à 19 heures


Pour sa première exposition à la galerie BUGADA & CARGNEL, Gardar EIDE EINARSSON présente un ensemble de nouvelles œuvres dans lesquelles il poursuit de façon décalée et minimaliste son exploration des représentations de l'autorité et de leurs ambigüités. L'artiste norvégien, établi à New York, travaille à partir d'images préexistantes qu'il importe dans le champ de l'art en peinture, photographies ou volumes, souvent de grand format, en noir et blanc.

Pour ses séries les plus connues, il agrandit en peintures noir et blanc, à la fois précises et manifestant une urgence dans leur réalisation, les couvertures d'ouvrages issus de littératures souvent parallèles, dont les motifs tirent sur la corde de l'abstraction géométrique. Ainsi, dans l'exposition, Towards a Quaker View of Sex (2009) reprend le titre et la forme abstraite, conçue pour éviter toute équivoque, de la couverture d'un pamphlet des années 1960 exposant les vues de ce mouvement religieux puritain sur la sexualité. Kaligula (Caligula) (2009) transpose quant à elle l'affiche d'une adaptation tchèque de la même époque de la pièce d'Albert CAMUS, qui présente Caligula sous les traits d'un idéaliste, alors qu'A Manifesto for Philosophy (2009) s'inspire de la couverture de l'édition américaine du nouveau livre du philosophe français Alain BADIOU, dont le titre pompeux contraste avec le trou noir minimaliste du motif. Enfin, Nada (1985) (2009) est peint d'après la pochette de l'album éponyme de l'influent groupe postindustriel Death in June, dont l'imagerie romantique, liée à une sous-culture gay, usait de symboles tournant autour de l'autoritarisme, de la violence, de la mort ; ici, une silhouette mystérieuse semble se détacher du vide.

Gardar EIDE EINARSSON montre également, sous forme de deux diptyques, des agrandissements d'images tirées de manuels de police des années 1970, illustrant la façon de tenir une lampe torche sans risquer de se faire tirer dessus (Untitled (Light), 2009) ou d'ouvrir une porte en toute sécurité (Untitled (Void), 2009). Lueur dans la nuit ou ouverture sur le vide, les illustrations tendent étrangement vers le minimal et le conceptuel, sans que l'on sache bien de quel côté du pistolet se trouve le danger.

Tirées cette fois-ci de la presse, deux photos d'identité de petits criminels norvégiens (Untitled (Grid), 2009), pixélisés pour garantir leur anonymat, rendant ainsi leur publication paradoxale, tendent étrangement vers le modernisme. Discrète note de couleur de l'exposition, Untitled (Color) (2009), reproduit l'icône utilisée sur les chats par l'adolescent allemand qui tua quinze élèves de son école en mars 2009 avant d'être abattu par la police, délivrant un message étonnamment décontracté : "Abandon the post, get a drink".

Une sculpture (Untitled (BBQ), 2009) reproduit un barrel barbecue fait maison et aperçu par l'artiste, sur lequel ses propriétaires ont peint un drapeau sudiste dont les dégoulinures semblent inspirées du travail de Gardar EIDE EINARSSON. Enfin, la peinture murale Heritage (2009) reprend la police de caractères gothique étrangement trouvée dans un ouvrage japonais des années 1970, et évoque à la fois la notion de filiation en art et la formule fumeuse "Heritage Not Hate" utilisée par les nostalgiques de l'Amérique sudiste pour définir leur doctrine.

De la même façon, l'énigmatique titre de l'exposition est une phrase tirée d'une note manuscrite du tueur en série Dennis NILSEN, qui, tout en ne manquant pas d'un certain sens poétique, semble ainsi chercher à se dédouaner à bon compte de ses actes. Revisitant une iconographie qui fascine, tout en questionnant cette fascination, Gardar EIDE EINARSSON produit des images à partir d'images du pouvoir et de l'ordre établi, et de leur corollaire, le désordre et le crime, renvoyés dos à dos dans la brutalité de leur représentation.