35 Shadows of Forgotten Ancestors

Wilfrid ALMENDRA, Mat COLLISHAW, Nick DEVEREUX, Cyprien GAILLLARD, Haris EPAMINONDA, Lorna MACINTYRE, David MALJKOVIC, Przemek MATECKI, Sergeuï PARADJANOV, Lisa OPPENHEIM et Ian TWEEDY

Vernissage le mercredi 18 mars, de 19 à 21 heures
Exposition jusqu'au 9 mai, du mercredi au samedi, de 14 à 19 heures


Shadows of Forgotten Ancestors est le titre du premier film majeur de Sergueï PARADJANOV (1924–1990), qui en 1964 révéla le cinéaste et artiste soviétique d'origine arménienne à la fois dans son pays et auprès de la critique internationale. Relatant l'histoire dramatique de paysans dans les Carpates ukrainiennes, le long métrage est à la fois un précieux témoignage ethnographique et un chef d'œuvre d'innovation formelle. Rompant radicalement avec les normes esthétiques et thématiques du réalisme socialiste alors en vigueur en URSS, PARADJANOV y développe sa vision poétique à travers une palette d'expérimentations, de l'utilisation de la couleur pour exprimer des sentiments comme le combat contre la destinée à des cadrages frénétiques ou encore un symbolisme marqué par l'usage d'images religieuses ou folkloriques. C'est cette relecture hautement personnelle et contemporaine d'éléments du passé qui trouve un écho dans les différentes démarches des artistes présentés dans l'exposition.

Outre la projection de son film Shadows of Forgotten Ancestors, la liberté de la démarche artistique de Sergeuï PARADJANOV est illustrée par un rare collage (Sans titre, 1980), pratique initiée lors de son premier internement en camp de travail en Sibérie, après que l'avant-gardisme de ses réalisations cinématographiques lui eut attiré les foudres de la censure soviétique.

Dans ses travaux, Mat COLLISHAW (né en 1966 à Nottingham, vit et travaille à Londres) joue de l'illusion et du désir pour pointer la superficialité perverse des images. Dans Skin Flick (2009), des images défilent sur une table d'époque victorienne, sans qu'il soit possible de les identifier. Ce n'est qu'en les observant dans un cylindre métallique placé au centre de la table que l'on identifie, dans une anamorphose en mouvement, une scène de tauromachie.

Entre vandalisme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, le travail de Cyprien GAILLARD (né en 1980 à Paris, vit et travaille à Paris et Berlin) interroge la trace de l'homme dans la nature de façon iconoclaste. Dans la série The New Picturesque, il explore le "pittoresque", notion esthétique née au XVIIIème siècle : littéralement "ce qui mérite d'être peint", c'est-à-dire un paysage remarquable, généralement empreint d'une certaine rudesse. Cette définition s'est par la suite édulcorée, pour finir par désigner un paysage charmant, souvent champêtre, et encombré de scènes aussi buccoliques qu'anecdotiques. GAILLARD intervient radicalement sur le tableau à la peinture blanche – comme il intervenait dans la nature à coup d'extincteurs industriels à l'occasion de ses fameuses performances de Land Art éphémères – pour littéralement corriger le paysage. Ici (The New Picturesque, 2009), il efface dans un tableau de ruines du début du XIXème siècle différents personnages et éléments qui venaient perturber le grandiose du paysage.

Marqué par le nomadisme, qui se manifeste jusque dans l'opportunisme des supports variés sur lesquels il trouve à s'exprimer (cartes, couvertures de livres, documents anciens ect.), Ian TWEEDY (né en 1982 à Hahn (base militaire américaine en Allemagne, vit et travaille à Milan) inscrit son œuvre dans un travail d'appropriation du passé proche et de son histoire. A Message from the Restless (2009) est la reproduction en dessin, au dos d'une vieille affiche de film, de photographies trouvées, une séquence très cinématographique à la signification perdue, et désormais laissée à l'interprétation de chacun.

Dans ses Collages (2007), Haris EPAMINONDA (née en 1980 à Chypre, vit et travaille à Berlin) utilise des reproductions de photographies anciennes tirées d'ouvrages des années 1950 et 60, qu'elle incise, découpe ou plie par strates avec une grande précision et économie de moyen, modifiant ainsi subtilement notre perception de l'image.

Dans Grand Opus (2009), Wilfrid ALMENDRA (né en 1972 à Cholet, vit et travaille à Cholet) poursuit son entreprise d'hybridation de formes et de matériaux, cette fois-ci inspirée par le travail de Roger LE FLANCHEC, architecte breton actif dans les années 1960-70 qui pratiquait dans ses réalisations une greffe entre régionalisme et modernisme, notamment grâce à l'utilisation de matériaux vernaculaires. Le principe de Grand Opus est ainsi adapté d'une façade d'une villa construite par LE FLANCHEC en pierres plaquées, dont certaines dessinent de façon quasi subliminale des perspectives modernistes. Ces motifs, repris par des ardoises assemblées en forme de pente, à la fois harmonieuse et à la limite de l'équilibre, est percée d'une agave, symbole d'un exotisme de bon aloi fréquemment présent dans les patios des villas bourgeoises modernistes.

Les toiles de Przemek MATECKI (né en 1976 à Zagan (Pologne), vit et travaille à Varsovie) (Untitled, 2009) sont composées à partir de collages de photographies, de notes et de divers documents sur toiles, à partir desquels il compose ensuite son œuvre, à la recherche d'une cohésion entre les collages et la peinture. Sa sensibilité et son énergie l'inscrivent dans une pratique radicale et expérimentale.

Nick DEVEREUX (né en 1978 à Panama City, vit et travaille à Paris) combine divers objets et rebus de matières, pour créer des sculptures aux surfaces hétéroclites et incongrues, telle cet amas de verre et de fourrure (Untitled, 2009), dans laquelle se reconnaît, entre autres images de l'histoire de l'art, la décollation de Saint Jean Baptiste. Il reproduit ensuite au fusain ces sculptures, qu'il réinterprète entre chimère et cadavre exquis, entre abstraction et figuration, comme dans What I Should Have Done (2008), qui convoque des images de cavalier d'Eugène DELACROIX et de hussard de Théodore GÉRICAULT, sans qu'il soit néanmoins possible de l'identifier formellement.

David MALJKOVIC (né en 1973 à Rijeka (Croatie), vit et travaille à Zagreb) s'attache à confronter les utopies urbanistiques et architecturales modernistes à notre regard contemporain. Dans sa pratique de collages d'articles d'époque et d'images d'archives, il propose une relecture et une interprétation de la mémoire collective d'un pays à l'histoire complexe, l'ex-Yougoslavie (Freeze Images, 2006-2008).

Le travail de Lisa OPPENHEIM (née en 1975 à New York City, vit et travaille à NYC) constitue une sorte d'archéologie de notre culture visuelle, une histoire du présent, utilisant aussi bien des négatifs endommagés du début du 20ème siècle que des photographies postées sur le site flicker.com par des soldats américains en mission en Irak. Pour la série 100 Photographs That Changed the World (2007), Lisa OPPENHEIM a utilisé les images de l'anthologie éponyme publiée par Time / Life Book, pour lesquelles elle a, en fonction de la date et de la localisation de chaque photographie en question, recréé la carte du ciel. Pour chaque exposition, une nouvelle sélection de ces vues est montrée, accrochées selon la localisation des différents événements dans le monde ; la légende de chacune des photos d'origine est reproduite dans l'entrée de la galerie.

Les sculptures et installations photographiques de Lorna MACINTYRE (née en 1977 à Glasgow, vit et travaille à Glasgow) s'inspirent de la littérature et de la mythologie. The Word for World is Forest (2008), qui prend son titre d'une nouvelle d'Ursula LE GUIN, est une photographie prise à l'entrée d'une grotte du Nord de l'Écosse, où est installée une table sur laquelle sont disposées des pierres qui semblent être le fruit de recherches archéologiques, comme autant de lettres d'un langage oublié et mystérieux. Dans Neil (2009), quatre tirages photographiques du même motif, un homme vu de dos pénétrant dans une forêt, sont assemblés, solarisés chacun à différents degrés et portant différents stigmates liés au processus technique, évocateur de clichés anciens.